Libertés académiques : un principe fragilisé par la montée de la bureaucratie

Les libertés académiques ne vont pas de soi. Elles sont aujourd’hui fragilisées par des évolutions profondes du fonctionnement des universités. Derrière la montée des logiques administratives, c’est l’équilibre même entre gouvernance et indépendance académique qui est en question.

Les libertés académiques ne sont pas un privilège réservé à quelques-uns. Les libertés académiques constituent un pilier fondamental des établissements d’enseignement supérieur et de recherche et, au-delà, de toute société démocratique comme nous le rappelions dans un précédent article. Garantir aux enseignants-chercheurs la liberté d’enseigner, de chercher et de s’exprimer est une condition essentielle de production et de transmission des savoirs.

Pourtant, les libertés académiques sont aujourd’hui fragilisées. Non pas uniquement par des attaques frontales, mais aussi de manière plus insidieuse : par une transformation progressive du fonctionnement des établissements d’enseignement supérieur et de recherche, marquée par une montée en puissance des logiques administratives et gestionnaires.

Une évolution qui déséquilibre l’institution universitaire

Depuis plusieurs années, le fonctionnement des établissements d’enseignement supérieur et de recherche a profondément évolué. Les réformes successives ont renforcé les pouvoirs des équipes dirigeantes, en particulier autour de la présidence des universités. Cette évolution, présentée au départ comme un moyen de gagner en efficacité et en autonomie, a eu des effets ambivalents.

Elle a notamment contribué à affaiblir la collégialité, pourtant au cœur de la tradition universitaire. Les décisions qui engagent la vie académique – recrutements, orientations scientifiques, organisation des formations – sont de plus en plus encadrées, voire contrôlées, par des logiques administratives. Les collectifs de travail et les instances collégiales voient leur rôle se réduire, au profit d’une gouvernance plus verticale.

Cette transformation n’est pas neutre. Elle tend à rapprocher le fonctionnement de l’université de celui d’une organisation administrative classique, où les personnels sont perçus avant tout comme des agents exécutants, et non comme des acteurs autonomes de la production du savoir et jouissant des libertés académiques.

Des conséquences concrètes sur les métiers

Dans ce contexte, les conditions d’exercice du métier d’enseignant-chercheur évoluent. Les libertés académiques – c’est-à-dire la capacité à choisir ses objets de recherche, à exprimer des positions scientifiques, à enseigner sans pression – peut se trouver indirectement limitée.

Les processus de recrutement, par exemple, peuvent être influencés par des logiques locales ou stratégiques qui ne relèvent pas uniquement de critères scientifiques. De même, les marges de manœuvre dans l’organisation des activités d’enseignement et de recherche ou dans l’expression publique peuvent se réduire sous l’effet de contraintes institutionnelles croissantes.

À cela s’ajoute une tendance à assimiler toujours davantage les universitaires au droit commun de la fonction publique, sans prendre suffisamment en compte la spécificité de leurs missions. Or, l’indépendance des enseignants-chercheurs n’est pas un avantage corporatiste : elle est la condition même de la qualité et de la crédibilité du savoir produit.

Les libertés académiques, un enjeu démocratique

La question des libertés académiques dépasse largement le cadre des établissements. Elle concerne la société dans son ensemble. Lorsque ces libertés s’affaiblissent, c’est la capacité collective à produire des connaissances indépendantes, à débattre de manière éclairée et à former des esprits critiques qui est en jeu.

Dans de nombreux pays comme les États-Unis d’Amérique, des évolutions récentes ont montré que ces libertés pouvaient être remises en cause, y compris dans des contextes démocratiques. Ces exemples invitent à la vigilance.

Nous dénoncions il y a deux mois la machine administrative qui broie les enseignants-chercheurs fasse aux fausses accusations et qui ne mets pas en œuvre le devoir de protection des établissements. Nous devons maintenant dénoncer la bureaucratisation des universités !

Vous pouvez lire ici nos revendications pour renforcer les libertés académiques.

Libertés académiques